No zob in job : règle d’or ou baratin de faux-culs ?

« Quel intérêt de gravir l’échelle sociale si ce n’est pour en tirer quelques avantages en nature ? J’ai ramé toute ma vie pour mendier les faveurs de pimbêches méprisantes. Dès que j’approchais, elles serraient les fesses comme des vaches à la saison des mouches. Et puis un beau matin, à ma énième promotion, je suis subitement devenu beau, drôle et spirituel. Comme par magie, du jour au lendemain, je suis devenu sexy. Alors je devrais faire quoi ? Renvoyer ces chaudasses arrivistes dans les cordes ? Ou leur faire payer leur comportement à grands coups de boutoir ? Est-ce qu’on trouve anormal que le moindre producteur de seconde zone s’envoie des starlettes toute la sainte journée ? Quelqu’un oserait déranger Axl Rose enfermé dans sa loge avec trois choristes toxicomanes pour lui vendre du no-zob-in-job ? Je vais vous dire mon cher Paul. Ça fait des années qu’on nous vend cette ineptie de concept de Maslow. Il manque un étage à leur foutue pyramide, tout en haut : l’étage de la pipe à toute heure. »

Ainsi monologuait Sauron derrière son beau bureau de direction en bois précieux. De ceux que la Boite réserve à ses plus hauts hiérarques. Il n’y avait évidemment pas à discuter. Et de toute façon qu’aurais-je pu rétorquer ?

Face au boss de niveau 8. Trouvez la bonne réplique.

Option 1 : Monsieur le Directeur, je crois que strausskahner ma secrétaire dans le local des archives serait susceptible de saboter mon team building.

Option 2 : Votre Noirceur, j’ai peur qu’une gâterie prodiguée en plein open-space ne crée, au-delà d’une certaine jalousie, une suspicion de favoritisme au moment des avancements.

Option 3 : Je vous remercie de m’avoir reçu aussi longuement Monsieur Sauron. Je vais prendre congé si vous le voulez bien. J’entends Élodie qui trépigne derrière la porte et elle m’en voudrait de devoir passer son tour.

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Games people play

Tout le monde vous le dit : ne montez pas sur vos collègues de travail. C’est mal. C’est une source d’emmerdes infinie. Il ne faut pas. Tout ça est bien joli et évidemment plein de bon sens, mais un rapide coup d’oeil sur les statistiques suffit pour le comprendre : tout le monde le dit, mais personne ne l’applique. Comptez autour de vous le nombre de couples formés au bureau. Voilà. Votre entourage (cette petite bande d’hypocrites) ne pense qu’à s’envoyer en l’air en vous empêchant de participer à la fête.

Harcèlement sexuel, promotion canapé, cocu vengeur, partouze de salle de garde… On a tous des histoires à raconter le soir à la veillée en commentant le qui-baise-qui de la Boite. Neuf fois sur dix la fable se finit par une triste morale : ce queutard l’avait bien cherché ou la petite vérole l’a emporté dans d’horribles souffrances ou encore ce serait drôle s’il n’y avait pas les enfants. D’un autre côté, si personne ne se sacrifie de temps en temps pour alimenter les ragots du coin fumeurs, on risque de s’ennuyer ferme devant la machine à café.

Alors, ne soyons pas trop dogmatiques. Pesons bien le pour et le contre comme ce truculent sociologue qui comparait jadis les conséquences dramatiques du zob in job et du no zob in job :

Le raisonnement capitaliste qui sous-tend cet interdit est le suivant : Si salarié X fait l’amour avec collègue Y → Et que salarié X est un petit enfoiré sans cœur → Salarié X risque de larguer comme une merde collègue Y → Collègue Y va devenir malheureuse → Tension et rancœur dans l’open space → Productivité en berne → Moins de cash flows pour l’entreprise → Patron qui ne pourra pas installer de jacuzzi dans son duplex à la fin de l’année.

Nos actes ont des conséquences. Sachez-le. Pour autant, je crois qu’une autre analyse est possible sur la question car si on prend le problème à l’envers, on peut constater que : Si salarié X ne fait pas l’amour avec collègue Y → Salarié X fustré comme un petit puceau quadragénaire → Salarié X obligé de satisfaire cette misère sexuelle devant YouPorn au travail → Pendant ce temps là, collègue Y pas baisée du tout, donc frustrée également → Tension et rancœur dans l’open space → Concentration et productivité en berne → Moins de cash flows pour l’entreprise → Liquidation judiciaire et des milliers de personnes perdent leur emploi.

Steeve Bourdieu, L’Art de la drague 2.0

Comme vous sûrement, j’ai passé en tant que manager un temps infini à régler les inextricables problèmes générés par les histoires de cul, glauques, cocasses ou tragiques de mes collaborateurs. Ça a souvent été drôle. Parfois beaucoup moins. Ne le cachons pas : il y a eu des morts et nous les pleurons encore. Mais permettez-moi de vous relater aujourd’hui une anecdote choisie à la fois parmi les plus légères et parmi les plus pédagogiques, qui invitera j’espère le chaud-lapin à refuser le saut pour préserver son couple et son portefeuille. Autant que le malheur des uns serve de leçon aux autres.

Bad romance

Je somnolais en faisant mine d’étudier un dossier quand mon téléphone sonna. C’était Gorge Profonde. Pour préserver son anonymat, nous l’appellerons Bernard.

Bernard est responsable de la formation interne au siège de la Boite. À ce titre, il est chargé d’accueillir les nouvelles recrues au cours d’un petit stage de bienvenue supposé les préparer aux spécificités du service. Si cette période d’apprentissage n’a pas un grand intérêt pédagogique, elle permet néanmoins d’évaluer des arrivants sélectionnés à la va-vite au niveau national et d’orienter leur première affectation.

Avoir Bernard dans sa poche permet d’obtenir des infos premium sur les profils en stock et de faire un premier tri en amont de la répartition des bleus dans les unités. En gros, tu prends les bons et tu refiles les tocards aux autres (ils n’avaient qu’à être plus malins).

– Monsieur R, on a un problème.

Gorge Profonde était paniqué.

– Du calme mon petit Bernard.

– Un problème avec une très grosse poitrine et de très mauvaises intentions.

– Soyez plus précis.

– Quand je lui ai demandé d’exposer ses motivations, vous n’imaginez pas ce qu’elle m’a répondu.

– Accouchez Bernard.

– Elle a répondu : « Vous savez, moi, je ne suis pas vraiment là pour travailler. Je suis là pour trouver un mari. »

– Ah. En effet. Au moins, elle est sincère… Niveau de dangerosité ?

– Je dirais 8 sur 10, bien qu’un peu vulgaire.

– OK. On l’enverra chez cette petite enflure de Mercier.

– Excellente idée. Je vais faire le nécessaire.

Voilà comment cette bombe à retardement se retrouva affectée au département voisin sous l’autorité de Mercier qui ne vit rien venir. Et ce qui devait arriver arriva.

Jennifer était une jeune mère célibataire dans des temps difficiles. Pour elle, c’était une question de survie. Pas de temps à perdre, il fallait pêcher au filet. Après quelques accouplements de chauffe, la renarde repéra bientôt une proie de choix, un cadre intermédiaire issu de la base prénommé Herwann. Accent du Sud, muscles développés, tatouages tribaux et crête gominée. Ses revenus étaient très raisonnables et même inespérés si on tenait compte de son très faible bagage académique. Pour faire court, ce pauvre Herwann était la victime idéale.

Le jeune beaf était marié, mais il n’y pouvait rien, les femmes aimaient son corps et son sourire et il ne voulait vexer personne. Alors de temps en temps, quand l’occasion se présentait, il plantait quelques coups de canif dans le contrat comme disent les mauvais époux. Quand Herwann croisa le regard de braise de Jennifer au gala de la Boite, il devint chaud comme une crêpe au chorizo. Une lambada en entraina une autre et l’affaire fut conclue rapidement mais avec classe dans la réserve, sur une caisse de bières.

Quelques semaines plus tard. Alors qu’elle venait de finir son thé du matin avec les autres employés de l’agence bancaire qui l’employait, Alice ouvrit sa boite mail pour y découvrir un long message détaillant avec moult rebondissements la folle aventure de Jennifer et Herwann, son mari. Rien n’avait été omis dans cette saga. Ni les lieux, ni les positions, ni l’avortement tardif en Belgique.

Et depuis ?

Nous avons muté Herwann au bord de la Méditerranée pour la plus grandes joie des cagoles locales. Aux dernières nouvelles, il est toujours en couple avec Alice.

Mercier a réussi à se débarrasser de Jennifer en l’infusant à un autre service où elle a causé pas moins de cinq séparations.

Sauron s’était allumé un cigare et m’avait proposé un verre de cognac pour m’assommer une bonne demi-heure avec un discours fleuri démontrant qu’il appartiendrait pour toujours à l’ère pré-MeToo. Il était évident qu’un beau jour, il quitterait la scène sous les huées avec une plainte au cul et les mains dans le dos.

En me raccompagnant vers la porte avec une accolade paternelle, il conclut : « Vous savez mon petit Paul, compte tenu de votre physique et de votre position hiérarchique dans cette boite, je pense que vous n’avez aucun intérêt à entretenir l’idée qu’il ne sert à rien de coucher pour obtenir une promotion. »

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3 thoughts on “No zob in job : règle d’or ou baratin de faux-culs ?

  1. Et imaginez que nous sommes en 2022.
    Jennifer est une trans-femme qui était avant un homme on ne peut plus gay et Herwann (peu importe l’orthographe) est un gay de placard qui n’aligne les aventures avec n’importe quelle femme pour ne pas passer pour folle transgénique, surtout qu’Alice dans tout cela se la coule douce, avec n’importe qui et même n’importe quoi. À quand un #METOOGAY et un #METOOTRANS
    Bon appétit. Dans ma montagne il y aurait aussi besoin d’un #METOOANIMAL bovin, ovin ou porcin, sans compter les pauvres chevreuils, mais eux ils sont pris souvent de côté, comme en biais, par des voitures folles généralement conduites par des chauffeurs disjonctés qui parlent au téléphone avec quelque transfuge du bon sens.

  2. En prison? Pourquoi pas mais ensemble avec plein de gens agréables. Cela risque d’être dur. Mais pluls c’est dur, plus c’est bon, n’est-il point? Quant à comprendre, ^peu importe. Il suffit de prendre ce que l’on a envie de prendre et avec chat en poche, le tour est joué et le coupable est dans le sac, ou sous les draps. Bag me up any time.

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